La région Demerara, en Guyane, est ancrée dans l’histoire du sucre et de la production de rhum depuis le 17ème siècle. Plus de 300 domaines de sucre avaient leur propre distillerie produisant leurs propres rhums. Au fil des siècles, ces domaines et distilleries ont fusionnés, mais les marques importantes et les alambics d’origine ont été conservés.

Aujourd’hui, Demerara Distillers exploite la dernière distillerie restante en Guyane à « Plantation Diamond » sur la rive est de la rivière Demerara. Ici, ils ont consolidé tous les anciens alambics d’origine, marques et compétences traditionnelles qui rendent le rhum Demerara si distinctif.

Avec ses 9 alambics différents, aucune autre distillerie de rhum dans le monde n’offre une telle variété et une gamme de plus de vingt différents styles de rhum.

Leur rhum Diamond & Versailles, création de Luca Gargano et Velier, est très rare puisque produit à seulement 570 bouteilles. Rhum distillé en 1996 et embouteillé en 2014 à 57,9° (brut de fût) et plus précisément un blend de rhums en provenance de Diamond et de son alambic à colonnes en métal et de Versailles et de son célèbre alambic à repasse en bois. Un blend historique et expérimental car réalisé avant son vieillissement tropical de 18 ans.

Robe d’un bel acajou foncé, bien brillante et huileuse à souhait : se dessine une couronne d’incommensurables gouttelettes, qui se transforment poussivement en larmes que l’on pourrait regarder couler durant de très longues minutes, et sans jamais éprouver le moindre remord, et pire, en y prenant même du plaisir.

Au nez, on se demande tout de suite où sont passés les 57,9°, tellement l’alcool est bien assimilé. Le nez est lourd mais charmant, concentré mais avenant ; un rhum complexe d’entrée de jeu avec des notes empyreumatiques de mélasse grillée, mélangée à une odeur fumée et caoutchouteuse, délicieusement fruitée et épicé (cannelle, 4 épices), et même caramélisée. Il n’y a rien au nez qui prenne le dessus sur le reste, tout est parfaitement équilibré, fondu, et presque beurré. La quasi absence d’alcool est très surprenante, et on aurait envie d’y aller sans attendre, de tout prendre en bouche sans méfiance et déjà charmé, mais la sagesse (et l’expérience de ces Demerara Full Proof) saura bien assez vite faire baisser les ardeurs, et bien heureusement d’ailleurs.

Le repos semble donner plus de paroles aux fruits compotés, rouges et acidulés, de fraise, de myrtille, de cerise, ainsi que de la vanille. On retrouve toujours ce caoutchouc, maintenant rejoint par de la réglisse ; c’est étonnant toute cette légèreté dans un rhum qui a vieilli 18 années sous les tropiques. Les rhums issus de Diamond donnent toujours quelque chose d’assez simple, sûrement parfait pour un long vieillissement en fût, et le mélange avec le Versailles semble donner une combinaison très intéressante, loin des arômes trop boisés que l’on peut être enclin à attendre, ou même à redouter.

Voici le genre de rhum qui servirait de belle porte d’entrée à celui qui voudrait se lancer dans la découverte des rhum Demerara de Velier, tout en douceur et au nez exquis, sans alcool dominant ni de boisé trop présent ; rajoutez-y ce qu’il faut de fruits, et un voile de tabac, charmeur et nostalgique.

En bouche le rhum est forcément épais, l’alcool y est toujours bien intégré et tout monte en intensité progressivement : on retrouve les fruits pour une attaque douce et plutôt sucrée (confiturée), toujours avec cette impression d’avoir une résine en bouche, avec cette mélasse légèrement brûlée et des notes de cuir qui se déversent maintenant partout en bouche, de la réglisse, des épices fières et justes ; les tanins picotent légèrement en bouche. Très bien équilibré dans l’ensemble. Puissamment doux, virilement délicat, le rhum fait son travail sans heurt mais avec panache.

La fin de bouche est longue et persistante sur des notes grillées, de tabac et de cuir ; une fin plutôt sèche et virile, loin des fruits compotés des débuts.
 

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