L’indication géographique « whisky breton », qui vient d’entrer en vigueur, devait permettre de protéger et de promouvoir les whiskys produits en Bretagne. Seulement voilà, sur les quatre producteurs de la région, deux refusent de l’adopter…

La polémique qui, depuis quelques semaines porte sur l’homologation de l’Indication Géographique Protégée (IGP) « whisky breton », oppose les quatre producteurs de whisky de Bretagne, deux d’entre eux refusent d’adhérer à l’IGP dont ils respectent pourtant le cahier des charges et qui leur accorde des garanties.

Deux distilleries produisent des whiskys plutôt de grande consommation – ce sont elles qui adhèrent à l’IGP. Warenghem, située à Lannion (Côtes-d’Armor), entrée sur le marché du whisky dès 1983, c’est aujourd’hui la plus importante des quatre distilleries bretonnes, avec quelque 250.000 bouteilles vendues chaque année toutes références confondues.

A ses côtés, la Distillerie des Menhirs, située à Plomelin (Finistère), produit depuis 1998, avec des ventes estimées à environ 100.000 bouteilles par an, la Distillerie des Menhirs est la deuxième distillerie de whisky en Bretagne.

Du côté des opposants à l’IGP, deux micro-distilleries occupent le marché de niche du single malt. Ensemble, elles pèsent quelque 25.000 bouteilles vendues chaque année. A Larmor-Pleubian (Côtes-d’Armor), la distillerie Glann Ar Mor produit, depuis 2005, deux types de whiskys différents, non-tourbé (Glann Ar Mor) et tourbé (Kornog). Sur Belle-Ile-en-Mer (Morbihan), Kaerilis embouteille des whiskys produits en Ecosse et élevés sur l’île bretonne ; surtout, depuis 2010, elle distille son propre single malt – dont la commercialisation est attendue pour l’été.


L’initiative d’une IGP est venue de Warenghem, la plus ancienne et la plus grande des distilleries bretonnes… L’intérêt principal de l’IGP est de définir des règles pour le consommateur. Ainsi, le whisky breton devra désormais être brassé, fermenté, distillé et vieilli en Bretagne. Jusqu’à présent, rien n’aurait empêché un grand groupe de s’installer en Bretagne, d’importer du whisky d’Ecosse et de le vendre comme « whisky breton ».

Les quatre acteurs du whisky en Bretagne auraient fait des compromis pour qu’un texte commun soit élaboré. Mais les versions divergent… Les opposants à l’IGP accusent notamment le dirigeant de Warenghem d’avoir en grande partie réécrit le texte ; ce dernier maintient que les quatre producteurs se sont mis d’accord sur la version transmise à l’INAO et reconnaît juste « quelques modifications pour la forme ». Le vrai problème est que sur les quatre producteurs, deux n’adhèreront pas à l’IGP « whisky de Bretagne » ou « whisky breton », telle que définie par un arrêté du 30 décembre dernier et dont le cahier des charges a été publié au Bulletin officiel agricole le 22 janvier.

« Le cahier des charges qui a été adopté respecte le business de chacun des quatre producteurs actuels. Et il est suffisamment large pour laisser de la place pour des choses originales. » Exprime le dirigeant de Warenghem. Effectivement, même si Jean Donnay (Glann Ar Mor) et Fabien Mueller (Kaerilis) n’adhèreront pas à l’IGP, leurs whiskys répondent en tous points au cahier des charges (si on met de côté un problème d’homologation d’alambic.

Un manque d’ambition selon les opposants
Mais pour ces deux producteurs, l’IGP « whisky breton » ne va pas assez loin. « Le cahier des charges adopté n’a aucune ambition», « Pour les artisans, la seule façon d’exister est de faire des choses différentes. Or mon whisky se retrouverait dévalorisé avec le cahier des charges actuel. Il aurait fallu un minimum d’ambition et ne pas se contenter d’embouteiller un single malt à 40 %, en l’additionnant de colorant caramel E150 et en filtrant certains esters aromatiques pour des considérations marketing et esthétiques. »

Jean Donnay dénonce également les restrictions du cahier des charges relatives au type d’alambics pouvant être utilisés et aux variétés de céréales pouvant constituer un single. Le seul objectif du cahier des charges aurait dû être de favoriser la qualité, le seul critère qui compte étant le résultat. Par ailleurs, une IGP “whisky breton” n’a pas vocation à faire en sorte que les Bretons fabriquent du scotch whisky ! »

Fabien Mueller et Jean Donnay regrettent aussi l’inclusion, dans l’IGP, d’une partie de la Loire-Atlantique seulement (les communes situées au nord de la Loire). Ils dénoncent également le coût des contrôles par l’organisme de gestion – facturés de manière forfaitaire et non aux volumes produits, selon eux, ce qui défavorise les petits producteurs. Et s’élèvent contre la liste des céréales dressée dans le cahier des charges, qui inclut le blé noir (ou sarrasin), une « pseudo-céréale  « Nous ne sommes pas à l’origine de l’appellation et nous n’avons pas vraiment couru après, reconnaît Kevin Le Lay, le patron de la Distillerie des Menhirs. Les consommateurs aiment nos produits et nous considérions que nous n’avions pas besoin d’appellation pour les vendre. Mais à partir du moment où une IGP se met en place, nous n’aurions plus pu nous revendiquer « whisky de Bretagne ». Et finalement, cette appellation va dans le bon sens ; elle oblige les distillateurs à tout produire en Bretagne et elle protège nos savoir-faire. »

Marque contre indication géographique
Deux distilleries seulement, Warenghem et la Distillerie des Menhirs, se retrouveront donc dans l’IGP « whisky breton ». Les micro-distilleries Kaerilis et Glann Ar Mor commercialiseront pour leur part du whisky tout court.  Le « whisky breton » a mauvaise réputation car il renvoie à une production normalisée, industrielle, conclut Fabien Mueller. Mon prochain single malt sera étiqueté « whisky » tout court, pas « whisky breton ». Je refuse de rentrer dans quelque chose qui n’a rien à voir avec ce que je produis. » Jean Donnay a également supprimé la mention « whisky breton » sur son prochain batch de Glann Ar Mor. « De toute façon, nos consommateurs achètent une marque, Glann Ar Mor ou Kornog, pas du « whisky breton », qui est un whisky à touristes. »

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